Comment et pourquoi faire expertiser ses bijoux et ses pierres précieuses ?
09 Février 2026 | Par Hélène pour Planète-Cristal | Expertises gemmes
I. Définition et Enjeux de l'Expertise en joaillerie
L'expertise en bijouterie et joaillerie constitue une discipline à la fois scientifique et patrimoniale, fondamentale pour l'authentification, l'évaluation et la conservation de ces objets de valeur. Elle se distingue explicitement de la simple évaluation, bien que ces deux termes soient fréquemment confondus dans le langage courant.
L'expertise en joaillerie, repose sur une double analyse : d'une part, l'examen des caractéristiques physiques et matérielles du bijou, d'autre part, l'évaluation de sa valeur historique, artistiques et marchandes. Le professionnel doit mettre en pratique des connaissances issues de plusieurs disciplines comme la minéralogie, l'histoire de l'art, la gemmologie ou l'économie, les articulant avec rigueur pour produire un jugement fondé.
Le premier niveau de cette analyse concerne l'identification matérielle. L'expert procède à l'observation globale du bijou, qualifiant sa finition, son style général et ses constituants apparents. Cette étape préalable demande une expérience accumulée, car elle détermine les orientations de l'investigation ultérieure. Suit l'examen des poinçons, ces marques officielles et signatures, qui constituent des indicateurs cruciaux de provenance, d'époque et de qualité des métaux précieux. En France, la loi impose depuis des siècles un système de poinçonnage strict et performant pour les métaux précieux, garantissant le titrage de l'or, du platine et de l’argent.
POINÇONS DE GARANTIE POUR LES BIJOUX PRÉCIEUX EN FRANCE

Tous les Poinçons officiels permettant de garantir la teneur en métaux précieux de tous les bijoux et ouvrages de valeurs pour l'Or, l'Argent et le Platine. © La garantie des métaux précieux
Une fois les poinçons identifiés et documentés, l'expert procède à la pesée précise du bijou et de ses éléments composants. Cette étape n'est jamais anodine : connaître le poids exact en métaux précieux, rapporté aux cours du jour, détermine une part substantielle de la valeur marchande. Pour les pierres précieuses serties, l'expert doit analyser la qualité, la couleur, la pureté et la taille de chaque pierre, selon des critères bien précis.
La seconde raison, plus immatérielle, porte sur l'histoire et l'unicité du bijou. Un exemplaire authentifié provenant d'un grand joaillier parisien du début du XXe siècle, signé d'un maître-joaillier reconnu, ou possédant une provenance illustre, sera évalué bien au-delà de la simple valeur de ses matériaux. Cette valorisation contextuelle exige du professionnel une connaissance encyclopédique de l'histoire de la joaillerie, des styles, des signatures, et des tendances du marché contemporain de seconde
Distinction entre expertise et évaluation d'assurance.
L'expertise constitue un document exhaustif et daté, certifiant l'authenticité d'un bijou ainsi que sa valeur à une période donnée, accompagnée d'une description minutieuse et justifiée. L'évaluation d'assurance, bien que contenant des éléments similaires, se concentre davantage sur l'estimation financière actuelle destinée à couvrir une perte potentielle, suivant les protocoles assurantiels. Tandis que l'expertise vient confirmer l'investissement patrimonial. L’évaluation d'assurance protège l'avenir.
Exemples de Bijoux Prestigieux Expertisés aux Enchères
La broche Cartier à émeraude exceptionnelle (2024)

Joyaux précieux de la maison Cartier : ce bijou, une broche de 1960 pavage de diamants et une émeraude exeptionnelle, reste à ce jour un record de prix.
En novembre 2024, Christie's a expertisé et mis aux enchères une broche unique commandée auprès de la Maison Cartier à Paris en 1960 par l'Aga Khan, offerte à Nina Dyer, mannequin britannique de renom. Cette pièce a été adjugée pour la somme de 8,46 millions d'euros (9 millions de dollars USD), établissant un nouveau record mondial pour la vente d'un bijou de cette catégorie.
Cette broche se distingue par une émeraude de Colombie d'un poids exceptionnel de 37 000 carats, accompagnée de plusieurs diamants de qualité. L'expertise de bijou réalisée par les laboratoires accrédités a confirmé l'absence totale de modification de pureté de l'émeraude et a attesté de la qualité exceptionnelle et de la rareté absolue de la pierre. L'émeraude possédant des origines documentées, son histoire particulière, ayant transité par les maisons Van Cleef & Arpels et Harry Winston suite à une première vente en 1969, a considérablement renforcé sa valorisation au-delà même des caractéristiques intrinsèques de la pierre.
Le bracelet Cartier Art Déco en saphirs et diamants (1927)

Bijou Bracelet style Art Déco signé Cartier montage Saphirs de Ceylan et diamants
En novembre 2019, Sotheby's à Genève a réalisé l'expertise et la vente d'un bracelet de création Cartier datant de 1927, orné de saphirs et de diamants. Estimé initialement entre 2 et 3 millions de francs suisses (CHF), ce bracelet a finalement dépassé les CHF 6 millions (environ 6,1 millions de dollars USD), établissant ainsi un record mondial pour un bracelet Art Déco vendu aux enchères.
Cet objet illustre parfaitement la valorisation exceptionnelle conférée par la signature d'un grand joaillier et la qualité de facture. Les saphirs, selon les critères de saturations et de nuances, associés aux diamants de qualité D-IF, ont justifié cette estimation. L'absence d'identification de traitements thermonumétriques sur les saphirs a constitué un élément majeur de plus-value par rapport à des exemplaires similaires traités.
Le collier de jadéite Hutton-Mdivani

Le collier de jadéite Hutton-Mdivani, composé de 27 perles de jadéite graduées avec un fermoir en or jaune 18 carats.
Le collier de jadéite Hutton-Mdivani, composé de 27 perles de jadéite graduées avec un fermoir en or jaune 18 carats, rubis et diamants, revêt une importance muséale considérable. Aujourd'hui propriété de la Collection Cartier, ce bijou exceptionnellement rare – la jadéite de très haute qualité ne pouvant généralement produire des perles supérieures à 10 mm de diamètre en raison de la rareté des blocs exploitables – a été évalué à 27,4 millions de dollars. L'expertise de tels joyaux nécessite des certifications SSEF ou CIBJO attestant de l'absence de traitement thermal ou de stabilisation, éléments decisifs dans la formation du prix de marché.
Les Pierres Précieuses, Fines et Ornementales : Classifications et Distinctions
Définition et classification académique
La gemmologie, science dont le nom dérive du latin gemma (pierre précieuse) et du grec logos (raisonnement ou discours), s'est construite à l'intersection avec la minéralogie contemporaine. Elle englobe l'étude de la genèse, de l'origine, des propriétés des pierres précieuses naturelles, ainsi que l'identification des matériaux synthétiques, des imitations et des contrefaçons. La discipline s'élargit aux métaux précieux et aux perles, au-delà des seules gemmes minérales.
Une pierre précieuse est généralement un minéral, bien que certaines matières organiques, perles, corail, ambre et ivoire, constituent des exceptions reconnues. Les minéraux composant les gemmes sont des substances homogènes d'origine naturelle, inorganique, possédant une composition chimique précise, des propriétés physiques bien définies et une structure cristalline interne régulière.
Les quatre pierres précieuses traditionnelles
L'appellation « pierres précieuses » revêt aujourd'hui une dimension davantage historique que scientifique. Elle désigne exclusivement quatre gemmes : le diamant, le saphir, le rubis et l'émeraude. Cette catégorisation, bien que juridiquement abrogée en France depuis 2002 par décision législative, demeure culturellement ancrée et reste le référentiel international du marché des gemmes.
Le diamant – composé de carbone pur – se distingue par sa dureté exceptionnelle (10 sur l'échelle de Mohs) et par sa capacité incomparable à réfléchir la lumière. Sa valeur est évaluée selon les « 4 C » :
- le carat, le poids,
- la couleur, allant du blanc pur aux teintes intenses de bleu ou rose,
- la clarté, absence d'inclusions,
- la taille, qualité de la symétrie et du polissage.

Le rubis, pierre de passion et de courage, se présente dans une gamme de rouges intenses. Appartenant à la famille des corindons, sa teinte dépend de la présence de chromium. Le rubis du Myanmar, ancienne Birmanie, demeure le plus prisé, particulièrement les exemplaires de qualité « sang de pigeon » – dénomination historique désignant un rouge intense et profond sans inflexion violacée. Le rubis possède une dureté de 9 sur l'échelle deMohs. Les rubis de qualité exceptionnelle constituent aujourd'hui les pierres précieuses les plus onéreuses au marché, dépassant même certains diamants de couleur.
Broche sertie de pierres précieuses rubis et diamants montés sur Or 18 carats.
Le saphir, symbolisant la sagesse et la loyauté, est célèbre pour sa teinte bleue captivante. Issu également de la famille du corindon comme le rubis, sa dureté est de 9 sur l'échelle de Mohs. Paradoxalement, les saphirs englobent toutes les variétés de corindon coloré hormis le rouge. Le saphir bleu demeure la variété dominante dans la bijouterie de haut standing, particulièrement pour les bagues de fiançailles, offrant une alternative élégante et sophistiquée.

Bracelet ancien Saphirs bleus et diamants monture sur griffes
L'émeraude, appartenant à la famille du béryl, doit sa teinte verte caractéristique à la présence de chrome et de vanadium. À l'inverse du diamant, les inclusions naturelles de l'émeraude , qualifiées par les professionnels de « jardin », ne réduisent nullement sa valeur : elles constituent au contraire la marque authentique d'une pierre naturelle. L'émeraude de Colombie demeure la référence incontestable du marché.
Les pierres fines dites semi précieuses : une catégorie essentielle
Le terme « pierre semi-précieuse », bien qu'anciennement usité, porte une connotation péjorative dont l'industrie s'est progressivement distanciée. La dénomination plus neutre et académiquement exacte est « pierre fine ». Cette catégorie englobe l'ensemble des gemmes naturelles de qualité suffisante pour justifier un usage bijoutier, mais ne figurant pas dans les quatre pierres précieuses.
Les pierres fines jouissent souvent de caractéristiques comparables, voire supérieures, à celles des pierres précieuses. La classification des pierres fines par la CIBJO s'appuie sur des paramètres mesurables et reproductibles.
Les tourmalines : le caméléon des gemmes
Les tourmalines, dont le nom dérive du cingalais turmali, pierre aux couleurs mélangées, forment une série minéralogique d'une complexité remarquable. Leur composition chimique permet l'incorporation d'une vaste gamme d'éléments, cuivre, manganèse, fer, titane, chrome, vanadium, expliquant la diversité spectaculaire de leurs teintes.
La tourmaline se distingue par une biréfringence prononcée et un pléochroïsme marqué : chaque cristal présente deux couleurs propres – l'une foncée, l'autre plus claire – dont l'intensité varie en fonction de l'angle d'observation. Cette propriété, dénommée dichroïsme, confère aux tourmalines une sensibilité particulière aux techniques de taille ; l'orientation du lapidaire détermine l'intensité chromatique du bijou fini.
Les variétés colorées majeures incluent : la rubellite, rouge framboise, la plus prisée, l'indigolite ou indicolite, bleu-canard, extrêmement demandée, la dravite, jaune à marron, la verdélite, vert, la liddicoatite, rose-vert bicolore, la paraïba, bleu néon à vert, découverte au Brésil, rarissime et coûteuse. La paraïba, bien que de découverte récente, années 1980, est devenue l'une des tourmalines les plus rares et les plus chères au marché.
Les topazes : transparence et stabilité
La topaze, de composition Al₂SiO₄(F,OH)₂, se présente dans une palette variée de teintes. La topaze bleue – souvent obtenue par traitement thermique de topaze incolore – domine commercialement le marché du bijou contemporain. La topaze impériale, de teinte rose à or, demeure une rareté prisée des collectionneurs. Avec une dureté de 8 sur l'échelle de Mohs, la topaze offre une résistance satisfaisante aux usages bijoutiers courants.
Les spodumènes : la kunzite et l'hiddenite
Le spodumène, silicate d'aluminium et de lithium, forme une série minéralogique de gemmes colorées remarquables. Sa variété rose-lilas, la kunzite, constituée par des traces de manganèse, demeure la plus largement connue. Bien que d'une transparence cristalline remarquable et pouvant former des cristaux exceptionnellement volumineux (certains excédant 1000 carats), la kunzite s'avère singulièrement délicate à tailler sans fracturation.
L'hiddenite, variété verte émeraude ou vert-bleu du spodumène, demeure beaucoup moins connue et moins appréciée que la kunzite, bien que certaines qualités visuelles s'avèrent remarquables.
La tanzanite : la rareté d'Afrique de l'Est
La tanzanite, variété bleue du minéral zoïsite, a été découverte en 1967 à Arusha, Tanzanie. Elle provient d'un unique gisement commercial d'environ 20 km², situé sur les collines de Merelani. Sa rareté géographique est prodigieuse : la tanzanite est estimée mille fois plus rare que le diamant.
La tanzanite se distingue par un pléochroïsme exceptionnellement prononcé – elle présente trois teintes distinctes selon l'angle d'observation : violet, bleu intense et marron. Cette propriété trichroïque demeure singulière. Le traitement thermique des cristaux bruts atténue les nuances marron indésirables, renforçant les tons bleus, violets et pourpres. La teinte bleue intense demeure la plus recherchée des connaisseurs.
Les Instruments gemmologiques permettant de rédiger les rapports d'expertise
Classer les pierres fines : isolées, de collection ou en bijoux anciens
L'évaluation expert d'une pierre précieuse ou fine varie considérablement en fonction de son contexte d'utilisation. Une pierre isolée de collection ou destinée à l'investissement doit satisfaire à des critères d'excellence maximaliste : transparence cristalline, pureté exceptionnelle, absence de traitement, teinte optimale. Ces pierres de spéculation sont généralement accompagnées de certificats émis par des laboratoires accrédités comme GIA, attestant authentiquement de ces qualités.
À l'inverse, une pierre enchâssée sur un bijou précieux de marque reconnue ou de style ancien doit être évaluée dans son contexte global. Un rubis de qualité « sang de pigeon » sertis dans une bague Art Déco signée Cartier du début du XXe siècle bénéficiera d'une valorisation contextuelle majeure. Une pureté légèrement inférieure ou une saturation colorée moins intense seront tolérées si la pièce satisfait à d'autres critères : rareté historique, qualité de facture, provenance illustre.
La loupe 10X : l'instrument premier du gemmologue
La loupe grossissante 10X constitue l'outil fondamental du gemmologue. Cette loupe, de préférence constituée d'une lentille triplet aplanatique et achromatique, offre un grossissement de 10 fois précis et standardisé. Le choix du triplet – association de trois lentilles – est crucial : il aplatit l'image et corrige les aberrations chromatiques, éliminant les distorsions colorées qui compromettraient l'évaluation de la teinte.
Le grossissement de 10X demeure l'optimum professionnel. Tandis que des loupes de puissance supérieure existent, leur profondeur de champ devient infinitésimale, rendant leur usage impraticable. À l'inverse, des grossissements inférieurs fournissent une résolution insuffisante pour détecter les inclusions et défauts critiques.
L'utilisation correcte de la loupe 10X exige une distance focale de précisément un pouce (2,54 cm) entre la lentille et la surface de la pierre. Cette distance doit être maintenue de manière rigide ; toute déviation détruit la mise au point. La technique professionnelle recommande de maintenir les deux yeux ouverts, en positionnant la pierre devant la lentille et en effectuant des mouvements lents d'approche et d'éloignement jusqu'à l'obtention de la netteté.
La loupe 10X permet l'identification des inclusions naturelles – traces minérales, canaux liquides, plumes de fracture – qui caractérisent les pierres naturelles. Elle détecte aussi les traitements tels que l'oil-filling (remplissage de fissures par huile ou résine) dans les émeraudes. L'expert examine également la facture (qualité de la taille) en scrutant les arêtes facettées et la régularité géométrique.
Le polariscope : analyse de la réfringence optique
Le polariscope constitue un outil déterminant l'activité optique des gemmes – c'est-à-dire si une pierre est monoréfractive, dit isotrope, ou biréfractive, dit anisotrope. L'instrument comprend deux filtres polarisants enserrant une platine d'observation. Une source lumineuse traverse les filtres depuis le bas.
Lors de l'examen, la pierre est placée entre les filtres polarisants. Le filtre inférieur génère une lumière polarisée unidirectionnelle. À mesure que l'examinateur fait tourner la platine et le filtre supérieur complètement, sur 360 degrés, le comportement lumineux observé révèle la nature optique de la pierre. Une gemme monoréfractive demeurera obscure durant toute la rotation. Une gemme biréfractive alternera entre positions claires et sombres, produisant quatre cycles complets par rotation complète. On dit que la pierre "rétablit tous les quart de tour".
Le réfractomètre : détermination de l'indice de réfraction
Le réfractomètre mesure l'indice de réfraction (IR) des gemmes – le paramètre fondamental décrivant comment la lumière est courbée en traversant le minéral. Chaque espèce minérale possède un indice de réfraction caractéristique, déterminé par sa composition chimique et sa structure
La pierre est placée délicatement sur la surface de ce verre émetteur, et une source lumineuse éclaire la pierre de bas en haut, sous angle précis. Le gemmologue observe alors, par l'oculaire, une limite nette et contrastée entre zones lumineuses et sombres. La position de cette limite sur l'échelle graduée correspond directement à l'indice de réfraction de la pierre.
Pour les pierres taillées et dans environ 80% des cas, l'analyse combinée à la loupe 10X et au réfractomètre permet une qualification précise de la gemme. Le réfractomètre devient inopérant pour les gemmes brutes non-poncées et pour les pierres possédant un indice supérieur à 1,8 (Le diamant a un indice de réfraction supérieur ( 2,417 à 2,419) Il est donc inutile d'essayer de mesurer un diamant avec un réfractomètre). D'autres instruments, comme un réflectomètre, seront plus spécifiques pour le diamant. Celui-ci, mesure la réflectivité de la gemme, sont indice de réflection (et non de réfraction comme le polariscope) qui lui, peut mesurer le diamant et ses imitations.
Le spectroscope : identification par absorption lumineuse
Le spectroscope d'absorption est un instrument optique compact, de poche, analysant comment une gemme absorbe la lumière visible dans différentes longueurs d'onde. La pierre est positionnée devant une source lumineuse de lumière blanche intense, et l'examinateur regarde à travers l'oculaire du spectroscope. L'instrument affiche alors un spectre continu décomposé par zones sombres d'absorption caractéristiques du minéral.
Chaque espèce minérale majeure possède une signature spectrale distinctive. Un rubis naturel affiche des raies d'absorption particulières dues au spectre du Chrome. Ces signatures spectrales peuvent permettre, en certaines circonstances, une identification définitive de la gemme, particulièrement pour les pierres de couleurs. Mais attention, c'est un instrument parmi d'autres. Le spectroscope n'a pas la capacité de distinguer les signatures naturelles ou synthétiques des gemmes ! En effet, un saphir synthétique par exemple, aura la même signature spectrale qu'un saphir naturel (les différences sont infimes). Seul, il ne suffit pas pour poser un diagnostic.
Le dichroscope : détection du pléochroïsme
Le dichroscope est un outil compact et économique, fondé sur la calcite optique ou sur des filtres polarisants, déterminant si une gemme manifeste du pléochroïsme, c'est-à-dire si elle affiche plusieurs couleurs selon la direction d'observation.
La pierre est positionnée légèrement en contact avec l'ouverture, illuminée par une source lumineuse blanche intense placée derrière. L'observateur regarde ensuite à travers les deux fenêtres du dichroscope, révélant les deux états de polarisation distincts de la lumière traversant la gemme.
Une gemme monoréfractive, ou isotrope, affichera la même couleur dans les deux fenêtres. Une gemme biréfractive, ou anisotrope, montrera potentiellement deux teintes différentes. Une gemme trichroïque affichera trois teintes lorsque l'observateur fait tourner la pierre progressivement (exemple de la tanzanite).
Le dichroscope offre un moyen rapide et fiable de différencier, par exemple, un rubis (dichroïque : rouge foncé et rouge clair) d'un grenat rouge (monoréfractive : rouge uniforme).
Le microscope binoculaire stéréoscopique : examen détaillé des inclusions
Le microscope binoculaire stéréoscopique, grossissant entre 10X et 45X, permet l'examen détaillé de la morphologie surfacique et interne des gemmes. Équipé de deux oculaires indépendants pour chaque œil, il fournit une vision stéréoscopique tridimensionnelle, facilitant l'appréciation de la profondeur des fractures internes, des canaux d'inclusion et de l'architecture tridimensionnelle des gemmes.
Les microscopes à gemmes professionnels intègrent plusieurs modes d'éclairage : lumière transmise, lumière incidente et parfois lumière "sur fond noir". Ces variantes d'illumination révèlent des détails imperceptibles sous lumière simple.
Pour les bijoux sertis, les microscopes modernes incluent des pinces gemmologiques et des supports pivotants permettant d'examiner les pierres sur différents angles.
Observation en lumière ultraviolette : UVL et UVC
L'ultraviolet (UV) s'étend de longueurs d'onde d'environ 25 nanomètres à 400 nanomètres – en-deçà de la lumière visible.
Deux plages demeurent prédominantes en gemmologie classique :
- L'UV longue onde UVL 315-400 nm, également dénommée « lumière noire »,
- l'UV courte onde : UVC en 254-280 nm voire même en UVC 220 nm pour le diamant.
Lorsqu'une gemme absorbe les rayons UV, elle peut réémettre cette énergie sous forme de lumière visible, processus appelé fluorescence. Neuf gemmes sur dix réagissent plus intensément aux rayons courts, tandis qu'un nombre substantiel réagit aussi aux rayons longs.
La fluorescence demeure un indicateur majeur d'authenticité et de traitement. Les diamants naturels, s'ils fluorescent, généralement brillent davantage sous UVL ; les diamants de laboratoire présentent souvent fluorescence maximale sous UVC. Les rubis de laboratoire affichent souvent une fluorescence extrême, surpassant les rubis naturels. Les émeraudes remplies d'huile ou de résine fluorescent différemment de la pierre elle-même, révélant ainsi le traitement.
L’Expertise Gemmologique : un Gage de Sécurité et de Valeur pour vos Biens Précieux

L'expertise en bijouterie et gemmologie demeure un art et une science exigeant formation continue, expérience accumulée et pratique régulière des instruments classiques de gemmologie. Loin d’être une simple formalité, cette démarche rigoureuse vise à établir une vérité scientifique et marchande sur un bien, protégeant ainsi les intérêts de son propriétaire dans trois domaines clés : l’assurance, la revente et la transmission patrimoniale.
Pour l’assurance : garantir une indemnisation juste
En cas de sinistre (vol, incendie, perte), c’est le rapport d’expertise qui sert de pièce justificative auprès de la compagnie d’assurance.
L’expertise gemmologique permet de déterminer la valeur de remplacement ou la valeur à dire d’expert du bijou. Dans le cadre d’une assurance, le rapport d’expertise est la seule garantie d’une indemnisation équitable en cas de sinistre. Il fixe une valeur de référence opposable, évitant les litiges et assurant que le montant de la prime corresponde à la réalité du bien.
Pour la revente : authentifier pour valoriser
Dans le cadre d’une vente, qu’elle soit réalisée de gré à gré, en salle des ventes ou auprès d’un professionnel, la confiance est le maître-mot. Un acheteur potentiel sera toujours plus enclin à acquérir une pierre ou un bijou dont les caractéristiques sont certifiées par un tiers impartial.
L’expert gemmologue dresse un certificat, véritable carte d’identité du bien : identification de l’espèce minérale (diamant, émeraude, saphir...), origine géographique, présence éventuelle de traitements (chauffage, imprégnation), qualité de la taille et mesure des critères d'authenticité.
Pour la transmission patrimoniale : préserver l’héritage
La transmission d’un bijou de famille ou d’une collection de pierres précieuses, que ce soit par donation ou succession, soulève des enjeux fiscaux et affectifs importants. L’administration fiscale exige une évaluation sincère et véridique des biens pour le calcul des droits de succession ou de donation.
L’expertise permet d’établir une Estimation fiable, évitant ainsi une surévaluation qui alourdirait la fiscalité, ou une sous-évaluation qui pourrait être requalifiée par le fisc. Sur le plan familial, elle offre une répartition équitable et transparente du patrimoine, limitant les conflits entre héritiers en attribuant à chaque bien une valeur objective, fondée sur les cours actuels du marché des gemmes.
En définitive, recourir à l’expertise d’un gemmologue professionnel constitue une démarche essentielle pour quiconque possède des bijoux ou des pierres précieuses de collection. Loin d’être une formalité, cette analyse scientifique transforme un simple objet en un actif parfaitement documenté et sécurisé.








